Le choix d’un investissement en bâtiments pour le logement du troupeau laitier et la traite est une étape délicate qui oriente durablement l’exploitation par son impact sur le temps de travail et sur le fonctionnement global de l’élevage. Au-delà de l’aspect technique, il est nécessaire de bien mesurer l’impact économique d’un tel investissement avant de s’engager.
Coût d’investissement en bâtiments : du « simple au double » Pour apprécier le coût d’un investissement en bâtiment neuf laitier, nous avons intégré les 3 investissements suivants : - un bâtiment neuf avec bloc traite pour les vaches laitières ; - une nurserie pour les veaux ; - la réfection de l’ensemble des silos laitiers. Différents types de bâtiments peuvent être retenus.
Le tableau 1 compare les coûts d’investissements de différents types de bâtiments.
Tableau 1 : Coûts comparés de différents types de bâtiments (chiffres 2008).| Type du bâtiment semi-ouvert | Type de déjection à stocker ou type de stockage | Coûts HT (base 50 VL) | | Aire paillée/exercice caiilebotis | Lisier | 3 550 €/place | | Aire paillée/exercice raclé | Fumière non couverte et fosse géomembranne (effluents peu chargés) | 2 980 €/place | | Logettes têtes à têtes (couloir de paillage central) | Fumière couverte et fosse géomembranne (effluents peu chargés) | 3 860 €/place | | Logettes cul à cul | Fosse géomembranne (lisier) et fumière non couverte | 3 350 €/place | | Aire paillée/exercice raclé (non couvert) | Fosse géomembranne (lisier) | 2 350 €/place | Ce tableau est bien sûr loin d’être exhaustif car les variantes sur les bâtiments sont très nombreuses et font fortement fluctuer les investissements. La fourchette de variation d’investissement d’un complexe laitier à un autre peut aller grossièrement du simple au double (pour un même logement en aire paillée ou en logettes). Ceci inclut quatre principaux facteurs de base : le type de bâtiment (intégration d’aires non couvertes ou non), le stockage des déjections, le choix des matériaux et du matériel et l’auto-construction. Ce dernier poste reste à relativiser selon le temps disponible, la technicité de l’éleveur et les garanties offertes derrière. La partie matériel de traite (donc hors bâtiment) évoquée ci-dessus peut par exemple modifier les investissements de la sorte : variation de 30% pour un équipement 12 postes de traite entre une salle de traite épi 30° et une traite par l’arrière. Appliqué à une exploitation d’une cinquantaine de vaches, le coût total d’un bâtiment + bloc traîte peut ainsi s’approcher des 275 000 € après avoir intégré les aides potentielles liées au plan bâtiment et au PMBE (cf tableau 2).
Tableau 2 : Montant global d'un investissement bâtiment à neuf pour 51 vaches| Bâtiment VL logettes têtes à têtes (51 places) | 129 500 € (2 540 €/place) | | Réfection silos atelier lait (rechappage dalles) | 3 700 € (16 €/t MS) | | Nurserie (cases collectives 18 places + 10 cases individuelles) | 27 000 € (1 500 €/place de CC) | | Auto-construction | - 16 000 € | | Bloc traite (épi 30° 2 x 5, ligne basse, parc d’attente couvert (1,2 m²/VL) | 100 000 € (60 % bâtiment) | | Aides PMBE(1) – 15% plafond 70 000 € (non JA, une exploitation) | - 10 500 € | Stockage des déjections (fumière couverte 325 m², fosse géomembrane 515 m3) | 67 400 € | | Aides PMPOA(2) - (35% des investissements éligibles + couverture exercice bâtiment VL) | - 26 600€ | | TOTAL | 274 500 € HT | (1) : Plan de Modernisation des Bâtiments Agricoles (2) : Plan de Maîtrise des Pollutions d’Origine Agricole
Poids du bâtiment dans le coût de production du lait : de 20 à 120 €/1 000 l Pour intégrer le poste bâtiment dans le coût de production du lait, il faut logiquement retirer les subventions (PMBE, PMPOA) obtenues lors de l'investissement (cf tableau 2) et ensuite amortir l'investissement sur sa durée de vie. On rajoutera ensuite les frais financiers des emprunts des bâtiments ainsi que les frais d'entretien et les charges d'eau et d'électricité. En amortissant l'ensemble du bâtiment sur 25 ans et le matériel de traite sur 20 ans, dans l'exemple ci-dessus, l'amortissement du bâtiment et les frais financiers pèsent à 44 €/1 000 l de lait pour une exploitation de 360 000 litres de lait. En rajoutant 7 €/1 000 l de lait pour les consommations d'eau, d'électricité et l'entretien des bâtiments, on arrive à un total de 51 €/1 000 l pour cet exemple. Dans les comptabilités d'exploitations, les amortissements se font sur des durées plus faibles, en lien avec la durée des prêts (10 à 15 ans) et un bâtiment neuf complet peut alors peser rien que par son amortissement à près de 80 €/ 1 000 l. Sur une telle durée raccourcie, le bâtiment peut alors pénaliser fortement la rentabilité de l'exploitation. Pour éviter de tels handicaps, les investissements en bâtiments se font généralement en plusieurs étapes (stabulation neuve au début, salle de traite quelques années plus tard ou logettes + racleurs ou agrandissement du bâtiment + mises aux normes). Dans la réalité des comptabilités d'exploitation du réseau de références des Pays de la Loire, les amortissements bâtiments complétés par les entretiens des bâtiments pèsent entre 10 et 78 €/1 000 l. En rajoutant les frais d'eau et d'électricité et les frais financiers, les frais de bâtiment reviennent en moyenne à 56 €/1 000 l avec des écarts de 20 à 120 €/1 000 l.
Le bâtiment : 10 à 20 % du coût de production de l'atelier Lorsqu'on replace ce poste bâtiment dans l'ensemble du coût de production y compris main d'œuvre de l'atelier laitier, on constate que le bâtiment pèse entre 10 et 20 % du coût total. Il va pouvoir faire la différence entre les exploitations en terme de sensibilité aux aléas économiques. Etaler dans le temps le plus possible ses investissements en bâtiments dans un contexte de fluctuation forte du prix du lait est logiquement plus sécurisant. Ceci est d'autant plus nécessaire pour les élevages plus herbagers et bio où le poids du bâtiment pèse encore plus au litre de lait (cf tableau 3). Dans ces systèmes réputés plus économes en charges opérationnelles, il ne faut pas que le bâtiment vienne annuler l'avantage obtenu en coûts alimentaires et sur les critères de fonctionnement. Anticiper l'évolution de ses charges de bâtiments au 1 000 l de lait est de nature à modérer ses investissements et à donner plus de solidité à toute exploitation qui souhaite à terme maîtriser son prix de revient du litre du lait.
Tableau 3 : Repères de poids du bâtiment selon les systèmes de production (€/1 000 l)| | Lait silo maïs ouvert | Lait silo fermé | Lait herbager | Lait bio | | Coût des investissements bâtiments | 44 | 46 | 50 | 55 | | Coût de fonctionnement (eau, électricité + entretien) | 7 | 7 | 6 | 10 | | Total | 51 | 53 | 56 | 65 | Jean Marc Pilet : 02 43 67 38 51 Chambre d'Agriculture 53
Didier Désarménien CA 53 : 02 43 67 37 25 Pour le réseau lait des Pays de la Loire
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